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14 septembre 2026
Équipe Body Expert
22 min de lecture

Malocclusion dentaire : ce qu'elle change et comment la traiter

Praticien ganté présentant un moulage en plâtre des deux arcades dentaires, devant un écran affichant un modèle agrandi de la denture

Une malocclusion dentaire désigne un emboîtement imparfait entre les dents du haut et celles du bas lorsque vous fermez la bouche. Elle est la règle plutôt que l’exception : la méta-analyse de Lombardo et al. (2020), qui rassemble 77 études, situe sa prévalence mondiale autour de 56 %, avec des taux supérieurs en Europe. Une dentition parfaitement alignée est rare, et la majorité des écarts observés n’appellent aucun traitement.

Ce qui sépare une simple irrégularité d’une malocclusion à traiter tient à trois éléments : la gêne ressentie à la mastication ou à l’élocution, l’importance du décalage entre les deux mâchoires, et le retentissement sur la santé des dents et des gencives. Les cas légers à modérés se corrigent par gouttières transparentes ou par appareil fixe. Les décalages osseux marqués associent orthodontie et chirurgie orthognathique. L’âge adulte n’interdit pas la correction, il modifie les moyens disponibles, la vitesse des déplacements et la durée de la contention.

Vous trouverez ci-dessous ce qui définit une occlusion correcte, comment repérer un trouble, les types de malocclusion et leurs noms, ce qu’une malocclusion provoque réellement, ce que la littérature ne lui attribue plus, et les traitements aujourd’hui documentés.

L’occlusion dentaire, et ce qui la rend correcte

L’occlusion est la manière dont les dents portées par la mandibule, en bas, rencontrent celles portées par le maxillaire, en haut. Dans une denture qui fonctionne bien, les faces externes des dents supérieures débordent légèrement celles des dents inférieures, ce qui tient les joues à distance des surfaces qui mordent, et l’arc formé par les faces internes des dents du bas reste plus petit que celui du haut, ce qui protège la langue (Hennessy, 2026).

Les orthodontistes décrivent une occlusion idéale par des repères chiffrés : une relation molaire et canine de classe I, un surplomb horizontal de 1 à 2 mm, un recouvrement vertical du même ordre, un encombrement nul ou très discret, et des contacts qui se répartissent sur l’ensemble des dents plutôt que sur quelques-unes (Ghodasra & Brizuela, 2023). Cette répartition compte, parce que les forces en jeu sont considérables : de l’ordre de 1 000 kilopascals dans la région molaire, et jusqu’à 1 700 kilopascals lors d’un serrement nocturne (Hennessy, 2026). Concentrées sur trois ou quatre dents, elles finissent par les user ou les rendre mobiles.

Il est rare de rencontrer une occlusion idéale sans traitement préalable. Un léger chevauchement, une dent tournée sur son axe ou un petit espace ne constituent pas une pathologie, et les praticiens parlent alors d’occlusion acceptable.

Schéma d'une occlusion normale vue de face, arcades fermées avec ligne médiane centrée, et vue latérale d'une molaire supérieure emboîtée sur sa molaire inférieure

Comment reconnaître une malocclusion

Une malocclusion se signale rarement par une douleur franche. Elle se manifeste d’abord par des gestes du quotidien qui deviennent moins confortables, et la liste des signes reconnus est courte : un alignement visiblement irrégulier, une difficulté à mordre ou à mastiquer, des morsures répétées de l’intérieur des joues ou de la langue, un défaut d’élocution sur certains sons, une respiration qui se fait par la bouche plutôt que par le nez, et une modification de la structure du visage, du menton ou de la ligne des lèvres (Ghodasra & Brizuela, 2023).

Beaucoup de personnes concernées ne ressentent rien du tout. C’est l’une des raisons pour lesquelles le dépistage passe par l’examen de routine plutôt que par la plainte : un chirurgien-dentiste contrôle l’occlusion en écartant les joues avec un abaisse-langue et en demandant de serrer sur les dents du fond, parce qu’un patient à qui l’on demande simplement de mordre ferme souvent sur ses incisives et donne une fausse impression de décalage postérieur (Hennessy, 2026). Le diagnostic peut être posé dès la première consultation dentaire, autour d’un an, et une identification précoce rend la prise en charge ultérieure plus simple.

Trois professionnels interviennent selon les cas : le chirurgien-dentiste, qui repère et oriente, l’orthodontiste, qui pose le plan de traitement, et le chirurgien maxillo-facial lorsque le décalage relève des bases osseuses.

Six schémas de mâchoires intitulés « Types de malocclusions » : espacement entre les dents, dents supérieures très en avant, ligne médiane déviée signalée par un trait rouge, incisives qui ne se rejoignent pas, dents chevauchées, et arcade supérieure recouvrant largement l'inférieure

Les différents types de malocclusion

Deux façons de nommer le trouble coexistent, et elles ne décrivent pas la même chose. La classification d’Angle, la plus ancienne, se lit sur la position de la première molaire supérieure par rapport à la première molaire inférieure. Elle dit où se situe le décalage d’ensemble entre les deux arcades.

Classe d’Angle Ce qu’elle décrit
Classe I Molaires bien emboîtées
Classe II Mandibule en retrait
Classe III Mandibule en avant

La répartition de ces trois classes est souvent citée de travers. Chez les personnes qui présentent une malocclusion, la classe I concerne environ 60 % des cas et constitue la relation molaire la plus fréquente, la classe II environ 32 %, la classe III le reste (Ghodasra & Brizuela, 2023). Ces proportions se rapportent à la population déjà concernée par une malocclusion, et non à l’ensemble des enfants ou des adolescents.

Une classe I signifie que les molaires s’emboîtent normalement, ce qui n’exclut ni l’encombrement des incisives, ni des canines mal placées, ni un articulé croisé localisé. Une classe II correspond à une mandibule en retrait relatif ; sa première division associe des incisives supérieures projetées vers l’avant et un recouvrement profond, sa seconde division des incisives centrales supérieures basculées vers le palais. Une classe III place la mandibule en avant du maxillaire, avec des dents du bas qui passent devant celles du haut, et c’est la configuration la plus difficile à corriger.

La seconde façon de nommer les choses décrit le trouble tel qu’il se voit, sans préjuger de son origine osseuse ou dentaire. C’est le vocabulaire que vous entendrez le plus souvent en consultation.

Ce que vous voyez Nom du trouble
Dents du haut très en avant Surplomb excessif
Dents du bas devant celles du haut Articulé inversé
Incisives qui ne se touchent pas Béance antérieure
Dents du haut couvrant tout le bas Supraclusion
Dents du haut mordant en dedans Occlusion croisée
Dents qui se chevauchent Encombrement
Espaces entre les dents Diastèmes

Contrairement à ce que l’on lit parfois, l’articulé inversé ne figure pas parmi les formes les plus répandues. L’encombrement antérieur sur une base de classe I reste la situation la plus courante, et sa fréquence augmente d’ailleurs au passage à la denture permanente (Lombardo et al., 2020).

Deux profils photographiés côte à côte, montrant la différence d'aspect de la lèvre inférieure et du menton selon l'équilibre entre les deux mâchoires

D’où vient une malocclusion

La cause reste inconnue dans l’immense majorité des cas. Seuls 8 % des malocclusions ont une origine identifiée ; les 92 % restants résultent d’une combinaison de facteurs génétiques et environnementaux qu’aucun examen ne permet de démêler individuellement (Ghodasra & Brizuela, 2023).

Le mécanisme le plus fréquent est une disproportion entre la taille des mâchoires et celle des dents : un maxillaire trop étroit, ou des dents trop volumineuses pour l’espace disponible, produisent un encombrement sans qu’aucune anomalie ne soit en cause de part et d’autre (Hennessy, 2026). Taille des dents et taille des maxillaires s’héritent indépendamment l’une de l’autre, ce qui explique qu’une malocclusion apparaisse dans une famille où personne n’en présentait.

Les autres origines documentées sont plus circonscrites. La succion prolongée du pouce ou de la tétine, ainsi que la poussée de la langue contre les incisives, projettent progressivement les dents antérieures supérieures vers l’avant. La perte d’une dent permanente non remplacée laisse les dents voisines basculer dans l’espace libre, tandis que la dent antagoniste s’allonge vers le vide ; la pose d’un bridge, d’une prothèse amovible ou d’un implant dentaire prévient ce déplacement. La perte prématurée d’une dent de lait produit le même effet chez l’enfant, en privant la dent définitive de son espace d’éruption. S’y ajoutent les dents incluses, qui ne font jamais leur sortie sur l’arcade, les traumatismes du visage, et certaines situations congénitales comme la fente palatine.

Ce qui entretient ou aggrave une malocclusion

Une occlusion se dégrade lentement, et plusieurs années peuvent séparer le facteur initial de la gêne ressentie. C’est ce décalage qui justifie de dépister et de surveiller pendant la croissance plutôt que d’attendre une plainte.

Quatre situations sont réellement documentées. Les habitudes de succion non nutritive poursuivies au-delà de trois à quatre ans, qui déforment progressivement l’arcade supérieure. La respiration buccale chronique, souvent liée à une obstruction nasale ou à une hypertrophie des végétations, qui modifie la posture de la langue et le développement du palais. Les extractions non compensées, déjà évoquées. Et l’hygiène pendant le traitement lui-même : un brossage insuffisant autour d’un appareil multi-attaches déminéralise l’émail et déclenche caries et gingivites, au point que l’Assurance Maladie en fait une contre-indication absolue à ce type d’appareillage (Assurance Maladie, 2026).

Un point de vigilance concerne les incisives supérieures projetées vers l’avant, qui sont plus exposées aux chocs. La revue Cochrane de Batista et al. (2018) a mesuré cette exposition : dans le groupe traité tardivement, 30 % des enfants ont subi un nouveau traumatisme des incisives contre 19 % de ceux traités précocement. Le port d’un protège-dents lors des sports de contact relève de la même logique de protection.

En revanche, plusieurs facteurs longtemps répétés dans les articles grand public ne reposent sur rien : le chewing-gum, le fait de dormir sur un seul côté, une alimentation jugée trop dure ou l’habitude de se ronger les ongles n’ont jamais été établis comme des causes ou des aggravants de malocclusion. Le chewing-gum est déconseillé pendant un traitement, mais pour une raison strictement mécanique, parce qu’il se coince dans l’appareillage (NHS, 2026).

Patiente installée au fauteuil, un arc facial de mesure posé sur le visage pendant que le praticien enregistre sa position de mâchoire

Ce qu’une malocclusion provoque, et ce qu’on lui prête à tort

C’est sur ce point que les sources disponibles en ligne divergent le plus, et que l’écart entre les affirmations courantes et les données publiées est le plus large.

Les effets établis

Le premier retentissement est fonctionnel et esthétique. Une malocclusion marquée gêne la mastication, altère certains sons, use prématurément les surfaces qui portent seules la charge, et modifie l’équilibre du visage. Ces effets sont la raison principale pour laquelle une malocclusion se corrige, avant toute considération de santé générale (Hennessy, 2026).

Le retentissement psychologique est mesurable. La méta-analyse d’Alrashed et Alqerban (2021) montre que les adolescents porteurs des formes les plus sévères présentent les scores de qualité de vie liée à la santé bucco-dentaire les plus dégradés, avec un effet modulé par l’âge et par le contexte culturel.

Le lien avec la santé des gencives existe, mais il est plus faible qu’on ne le dit. La méta-analyse de Szyszka-Sommerfeld et al. (2026) retrouve une association entre certaines malocclusions, encombrement et relations molaires de classe II ou III, et une probabilité accrue de gingivite avant 18 ans. Les auteurs qualifient eux-mêmes cette certitude de très faible et rappellent qu’aucun lien de causalité ne peut en être déduit. Le Manuel MSD formule la même réserve du côté du bénéfice attendu : le traitement peut, dans certains cas, augmenter la résistance aux caries et aux maladies parodontales en rendant les dents plus faciles à nettoyer (Hennessy, 2026).

Reste la question du sommeil. Une disharmonie craniofaciale est un facteur de risque reconnu d’apnée obstructive du sommeil, et la méta-analyse de Neelapu et al. (2017) objective chez les patients concernés une hauteur faciale inférieure augmentée, un os hyoïde en position plus basse et un espace pharyngé réduit. Cela ne signifie pas qu’une malocclusion provoque des apnées : ce sont des caractéristiques squelettiques particulières, et non l’alignement des dents, qui entrent ici en jeu.

Ce que la littérature ne soutient pas

L’idée qu’une malocclusion cause les troubles de l’articulation temporo-mandibulaire a structuré la pratique pendant des décennies. Elle ne résiste plus à l’examen. La revue systématique de Manfredini et al. (2017), qui a repris 25 études cliniques et une quarantaine de caractéristiques occlusales, conclut à l’absence d’association cliniquement pertinente entre l’occlusion et ces troubles. Un seul paramètre ressort des analyses multivariées, et les auteurs soulignent que la relation pourrait être inverse de celle qu’on supposait, l’anomalie de contact étant la conséquence du trouble articulaire plutôt que sa cause. Leur recommandation est explicite : abandonner ce cadre de raisonnement dans la prise en charge.

La théorie posturale connaît le même sort. La revue de Manfredini et al. (2012) conclut qu’aucune relation prévisible n’a pu être établie entre les caractéristiques occlusales et les caractéristiques posturales, et que la douleur articulaire n’est pas liée à des anomalies mesurables de cet ordre. Les plateformes de posturographie, l’électromyographie de surface et la kinésiographie, souvent mises en avant pour justifier ces bilans, ne trouvent pas de soutien dans la littérature.

Le syndrome de Costen, décrit en 1934 et encore cité aujourd’hui, appartient à ce même héritage. Les symptômes qu’on lui rattachait, vertiges, acouphènes, douleurs cervicales, sont réels chez les personnes qui les rapportent, mais les attribuer à l’occlusion revient à s’appuyer sur un modèle que les études d’association ont écarté. Il en va de même pour la fatigue chronique, les tendinites, les troubles digestifs ou la tachycardie, présentés dans certaines sources comme des conséquences d’une malocclusion : aucun travail ne l’établit, et orienter un patient vers un traitement occlusal sur cette base retarde une recherche étiologique utile.

Technicien en blouse montant deux moulages de plâtre sur un articulateur, gants bleus, au laboratoire de prothèse

Les traitements de la malocclusion

Le bilan qui précède le traitement

L’examen clinique donne la première lecture, le reste vient de l’imagerie. Une radiographie panoramique montre l’ensemble des dents, leur nombre et leur stade d’éruption. La téléradiographie de profil, propre à l’orthodontie, capte une vue latérale du visage et permet de mesurer la position réelle des bases osseuses l’une par rapport à l’autre, donc de distinguer un problème dentaire d’un décalage squelettique. Un cone beam apporte une reconstruction tridimensionnelle de la face lorsque le cas le justifie, avec une lecture des voies aériennes et de l’articulation (Ghodasra & Brizuela, 2023). Des empreintes complètent l’ensemble et servent de référence pour comparer.

Ce bilan décide de tout ce qui suit : le type d’appareillage, la nécessité d’extraire, le recours ou non à la chirurgie, et la durée annoncée.

Gouttière transparente présentée devant la bouche ouverte d'un patient par une main gantée

Les moyens de correction

L’expansion palatine s’adresse aux palais étroits, aux encombrements et aux articulés croisés. Le dispositif écarte les deux os maxillaires au niveau de leur suture médiane, à raison d’un millimètre ou moins par activation. Il n’est efficace que tant que cette suture n’est pas soudée, ce qui limite son usage à l’enfance et à l’adolescence.

L’appareil multi-attaches, l’appareil fixe classique, reste la référence. Des attaches collées sur chaque dent et un arc métallique appliquent une force légère et continue qui remodèle progressivement l’os alvéolaire autour des racines. Il déplace la dent entière, racine comprise, dans les trois dimensions de l’espace. Les versions céramiques et linguales répondent à une demande esthétique sans changer le principe.

Les gouttières transparentes, ou aligneurs, forment une série de coques amovibles qui déplacent les dents par paliers, de l’ordre de 0,3 mm par gouttière, chacune étant portée environ deux semaines (Hennessy, 2026). Invisalign est la marque la plus connue de cette catégorie, à laquelle cet article consacre une analyse dédiée aux traitements par aligneurs, mais plusieurs fabricants proposent le même principe. Leurs limites sont documentées : la comparaison de Ke et al. (2019) retrouve une durée de traitement significativement plus courte qu’avec un appareil fixe, mais un contrôle moindre sur les contacts occlusaux finaux, sur le torque des racines et sur la stabilité du résultat. Elles supposent aussi un port de 20 à 22 heures par jour, que le praticien ne peut pas contrôler.

Les extractions de dents définitives, le plus souvent des premières prémolaires, libèrent l’espace nécessaire lorsque l’arcade ne peut accueillir toutes les dents. Le meulage sélectif est un geste ciblé et limité, réservé aux contacts qui entrent prématurément en occlusion, y compris sur des restaurations. Il ne repositionne aucune dent et ne se substitue pas à un traitement orthodontique.

La chirurgie orthognathique intervient quand le décalage entre les bases osseuses dépasse ce que le déplacement dentaire peut compenser. Elle se pratique à la fin de la croissance, sous anesthésie générale, et consiste à sectionner puis à repositionner tout ou partie du maxillaire ou de la mandibule. Elle s’accompagne presque toujours d’une phase orthodontique avant et après l’intervention (Assurance Maladie, 2026).

Les restaurations prothétiques, couronnes dentaires et onlays, relèvent d’une logique différente. Elles rehaussent une surface d’occlusion effondrée, remplacent une dent absente ou reconstituent une dent délabrée. Elles ne corrigent pas une malposition.

Quel que soit le moyen employé, la contention est obligatoire à la fin du traitement. L’os remanié met plusieurs mois à se stabiliser, et les dents reviennent vers leur position initiale sans dispositif de maintien. Un fil collé derrière les dents ou une gouttière amovible prennent le relais, portés en permanence au début puis la nuit seulement, pendant deux à trois ans (Hennessy, 2026). Chez l’adulte, en l’absence de croissance osseuse, cette contention est souvent maintenue beaucoup plus longtemps, parfois indéfiniment (Assurance Maladie, 2026).

À quel âge traiter

La question du bon moment est la plus étudiée, et la réponse est contre-intuitive.

Pour les incisives supérieures en avant, la classe II, la revue Cochrane de Batista et al. (2018) a comparé un traitement précoce en deux phases, vers 7 à 11 ans, à un traitement unique à l’adolescence. Une fois les deux groupes arrivés au terme de leur prise en charge, aucune différence n’apparaît sur le surplomb final ni sur la position relative des mâchoires. Le bénéfice du traitement précoce est ailleurs, dans la réduction des traumatismes des incisives décrite plus haut. Traiter tôt ne donne donc pas un meilleur résultat final, cela protège les dents pendant l’intervalle.

Pour les dents du bas en avant, la classe III, la revue Cochrane d’Owens et al. (2024) a réuni 29 essais randomisés portant sur 1 169 enfants de 5 à 13 ans. Les traitements non chirurgicaux, masque facial associé à une expansion maxillaire en tête, apportent une amélioration substantielle du surplomb, de l’ordre de 5 mm en moyenne, avec un niveau de preuve modéré. Les auteurs relèvent qu’une seule étude a suivi les patients à long terme, ce qui laisse ouverte la question du maintien du résultat à l’âge adulte.

Chez l’adulte, la correction reste possible mais les déplacements sont plus lents, la croissance et la maturation osseuse étant achevées et la densité de l’os plus faible (Assurance Maladie, 2026). Les cas qui associent un décalage squelettique et une demande de correction complète relèvent de l’association orthodontie et chirurgie.

Patient souriant devant un teintier dentaire présenté à hauteur de son visage pour comparer la couleur des dents

Malocclusion dentaire : avant et après

Les photographies qui suivent montrent des patients Body Expert avant et après leurs soins dentaires. Elles concernent des réhabilitations prothétiques du sourire, réalisées par facettes dentaires ou par couronnes, et non des traitements orthodontiques.

La distinction est utile au moment de choisir. Une réhabilitation prothétique recouvre la face visible des dents et transforme l’apparence de l’alignement en quelques séances. Elle ne déplace pas les racines et ne modifie pas la relation entre les deux mâchoires : un décalage squelettique reste ce qu’il est derrière les nouvelles couronnes. Elle suppose par ailleurs une préparation des dents concernées, ce qui en fait un geste irréversible. L’orthodontie fait l’inverse, elle déplace les dents dans l’os et demande plusieurs mois à plusieurs années. Les deux approches se combinent parfois, l’alignement d’abord, la reconstitution ensuite, quand des dents sont également délabrées ou absentes.

Sourire d'une patiente avant traitement, incisives supérieures chevauchées et teintées, puis après, dents alignées et éclaircies

Sourire d'un patient avant traitement, incisives supérieures très encombrées et projetées vers l'avant, puis après, arcade régulière

Sourire d'un patient barbu avant traitement, incisives tournées sur leur axe et jaunies, puis après, alignement homogène

Visage d'une patiente souriant avant traitement, dents antérieures irrégulières et sombres, puis après, sourire régulier et clair

Sourire d'une patiente avant traitement, fort chevauchement des incisives supérieures, puis après, arcade alignée

Vue de trois quarts d'une bouche avant traitement, incisives supérieures superposées et en avant, puis après, ligne dentaire continue

Lèvre écartée par un doigt montrant des incisives usées et désalignées avant traitement, puis sourire reconstitué après

Sourire d'une patiente avant traitement, dents antérieures jaunies et légèrement irrégulières, puis après, dents claires et alignées

Durée du traitement et prise en charge en France

Hors des débuts précoces entrecoupés de périodes de surveillance, un traitement d’orthopédie dento-faciale dure en moyenne un à deux ans, auquel s’ajoute la contention (Assurance Maladie, 2026).

Les conditions de remboursement sont précises, et souvent résumées de façon trompeuse. L’Assurance Maladie prend en charge 100 % du tarif qu’elle a fixé pour les périodes semestrielles de traitement et pour la première année de contention, et 70 % de ce même tarif pour les examens complémentaires, les séances de surveillance et la deuxième année de contention. Ces pourcentages portent sur un tarif de référence, pas sur la facture : les honoraires d’orthodontie sont libres, et l’écart entre les deux reste à votre charge ou à celle de votre complémentaire selon votre contrat.

Trois conditions encadrent cette prise en charge : le traitement doit commencer avant le seizième anniversaire, il est couvert sur six périodes de six mois au maximum et deux ans de contention, et il exige un accord préalable de votre caisse, valable un an et à renouveler. Passé 16 ans, une seule exception subsiste : un semestre de traitement pré-chirurgical, non renouvelable, lorsque l’orthodontie prépare une intervention sur les maxillaires. En dehors de ce cas, un traitement orthodontique chez l’adulte n’est pas remboursé.

C’est cette absence de prise en charge qui conduit une partie des patients adultes à regarder du côté du tourisme dentaire. Le raisonnement se tient pour les actes qui se concentrent sur un séjour, comme les soins dentaires réalisés en Turquie sur une ou deux semaines. Il s’applique mal à l’orthodontie, qui repose sur des contrôles réguliers étalés sur un à deux ans, et sur une contention surveillée bien au-delà. Un décalage squelettique traité chirurgicalement, une reconstitution prothétique ou le remplacement de dents absentes s’inscrivent en revanche dans ce cadre, et la page consacrée aux solutions pour refaire ses dents détaille ce que chacune permet.

Questions fréquentes

Une malocclusion peut-elle disparaître seule ?
Non. Les déplacements dentaires spontanés vont plutôt dans le sens de l’aggravation, en particulier après la perte d’une dent non remplacée. Certaines anomalies de la denture temporaire se corrigent au passage aux dents définitives, mais cela concerne l’enfant en croissance et ne s’observe pas chez l’adulte.

Faut-il traiter une malocclusion qui ne gêne pas ?
Pas nécessairement. L’indication se pose sur la gêne fonctionnelle, sur l’importance du décalage et sur le retentissement bucco-dentaire, pas sur l’écart à une occlusion idéale que peu de gens possèdent. Un encombrement discret sans symptôme se surveille.

Une gouttière transparente peut-elle remplacer un appareil fixe ?
Oui, pour les cas légers à modérés qui ne réclament aucune extraction, une fois la croissance terminée. Au-delà, l’appareil fixe garde l’avantage sur le contrôle des racines et sur les contacts finaux (Ke et al., 2019). Le bilan initial tranche.

Une malocclusion peut-elle causer des migraines ou des acouphènes ?
Les études d’association ne retrouvent pas de lien cliniquement pertinent entre l’occlusion et les troubles de l’articulation temporo-mandibulaire (Manfredini et al., 2017), ni entre l’occlusion et la posture du corps (Manfredini et al., 2012). Des symptômes de ce type justifient un bilan médical propre plutôt qu’un traitement occlusal.

Combien de temps faut-il porter une contention ?
Deux à trois ans en général, avec un port permanent au début puis nocturne seulement. Chez l’adulte, la contention est fréquemment conservée sur une très longue période, l’os ne se remaniant plus de la même façon.

Sources

Alrashed, M., & Alqerban, A. (2021). The relationship between malocclusion and oral health-related quality of life among adolescents: A systematic literature review and meta-analysis. European Journal of Orthodontics, 43(2), 173-183. https://doi.org/10.1093/ejo/cjaa051

Assurance Maladie. (2026). Traitement des malpositions dentaires : orthopédie dento-faciale et orthodontie. Consulté le 14 septembre 2026. Consulter la fiche

Batista, K. B., Thiruvenkatachari, B., Harrison, J. E., & O’Brien, K. D. (2018). Orthodontic treatment for prominent upper front teeth (Class II malocclusion) in children and adolescents. Cochrane Database of Systematic Reviews, 3, CD003452. https://doi.org/10.1002/14651858.CD003452.pub4

Ghodasra, R., & Brizuela, M. (2023). Orthodontics, malocclusion. StatPearls Publishing. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK592395/

Hennessy, B. J. (2026). Malocclusion. Manuel MSD, version pour les professionnels de santé. Consulté le 14 septembre 2026. Consulter la fiche

Ke, Y., Zhu, Y., & Zhu, M. (2019). A comparison of treatment effectiveness between clear aligner and fixed appliance therapies. BMC Oral Health, 19(1), 24. https://doi.org/10.1186/s12903-018-0695-z

Lombardo, G., Vena, F., Negri, P., Pagano, S., Barilotti, C., Paglia, L., Colombo, S., Orso, M., & Cianetti, S. (2020). Worldwide prevalence of malocclusion in the different stages of dentition: A systematic review and meta-analysis. European Journal of Paediatric Dentistry, 21(2), 115-122. https://doi.org/10.23804/ejpd.2020.21.02.05

Manfredini, D., Castroflorio, T., Perinetti, G., & Guarda-Nardini, L. (2012). Dental occlusion, body posture and temporomandibular disorders: Where we are now and where we are heading for. Journal of Oral Rehabilitation, 39(6), 463-471. https://doi.org/10.1111/j.1365-2842.2012.02291.x

Manfredini, D., Lombardo, L., & Siciliani, G. (2017). Temporomandibular disorders and dental occlusion. A systematic review of association studies: End of an era? Journal of Oral Rehabilitation, 44(11), 908-923. https://doi.org/10.1111/joor.12531

Neelapu, B. C., Kharbanda, O. P., Sardana, H. K., Balachandran, R., Sardana, V., Kapoor, P., Gupta, A., & Vasamsetti, S. (2017). Craniofacial and upper airway morphology in adult obstructive sleep apnea patients: A systematic review and meta-analysis of cephalometric studies. Sleep Medicine Reviews, 31, 79-90. https://doi.org/10.1016/j.smrv.2016.01.007

NHS. (2026). Braces. Consulté le 14 septembre 2026. Consulter la fiche

Owens, D., Watkinson, S., Harrison, J. E., Turner, S., & Worthington, H. V. (2024). Orthodontic treatment for prominent lower front teeth (Class III malocclusion) in children. Cochrane Database of Systematic Reviews, 4, CD003451. https://doi.org/10.1002/14651858.CD003451.pub3

Szyszka-Sommerfeld, L., Machoy-Rakoczy, M., Belova, A., Lipski, M., Schuster, L., Dammaschke, T., Budzyńska, A., Świtała, J., Warcholak-Grzeszewska, A., Woźniak, K., Armogida, N. G., Spagnuolo, G., Stratul, S. I., & Boariu, M. (2026). The relationship between malocclusion and periodontal health in children and adolescents: A systematic review and meta-analysis. Journal of Clinical Medicine, 15(3), 1155. https://doi.org/10.3390/jcm15031155